Mardi 9 juin 2009 2 09 /06 /Juin /2009 10:47


Comme vous tous, la disparition de notre ancien immeuble, de vos appartements, pleins de vos vies, vos émotions, vos envies, vos colères, vos états d'âme, vos passions et vos amitiés m'a fortement attristée, mise en colère même par sa brutalité et sa soudaineté. J'aurais voulu en sauver des textes colorés, passionnés, enflammés...
J'ai traïné des pieds pour emménager ici, pour meubler surtout!
Je suis un peu fâchée avec le code de l'immeuble! Je préfère les lourdes portes en bois et les escaliers qui grincent aux installations hightech.
Mais l'envie d'avoir de vos nouvelles, de vous lire, de ne pas vous perdre a été la plus forte!
Bien qu'une petite cinquantaine de billets inachevés traîne à nouveau sur mon bureau, c'est avec mon cinéma, éternel marchand de rêves (et de cauchemars), cataliseur de nos émotions que je débute, la musique, vous en parlez bien mieux que moi!



 

Lars von Trier, donc, qui avec son Breaking the Waves m'a donné de réelles envies de cinéma, m'a accrochée définitivement à ce qui d'une distraction est devenu un art...

V
isuellement je trouve le film magnifique, voire magique - de cette magie des contes de notre enfance qui font peur, qui avertissent, plein de naïveté mais aussi de ces  "je te mange, je te tue" que l’adulte associe au sexe, de brouillard, de forêts, de bonnes fées et de sorcières maléfiques…

Magnifique, oui, mais pas pour ses scènes finalement banales bien que belles souvent ici, sexuelles, sexuées et a-sexuées… Charlotte Gainsbourg y est tout en abandon, en laideur façonnée par le réalisateur mais pleine d’une énergie absente du reste de son personnage ; les fesses rebondies et les mains noueuses de Willem Dafoe sont plus que désirables…




Non, visuellement, le film, comme pour Breaking the Waves, impressionne par le contraste entre la beauté des images, la laideur ou l’horreur de l’action, sa violence brute et la douceur de l’image précédente ou de la musique façon Stabat mater dolorosa (sic) même si c’est l’aria de Haendel !!! (voir le « Prélude », au ralenti, bleu, cotonneux, qui dit tout déjà…). Je voudrais savoir faire ça, exposer cette lumière, le mouvement des corps et des objets, les actions parallèles, la lenteur et l’intensité, la douceur malgré l’horreur, la musique improbable et si juste pourtant… La même scène peut aussi sembler ridicule, musique grandiloquente, imagerie doucereuse et sexe érigé en trop!

 

On parle de scènes porno. Bof..., j’ai vu bien pire et à des heures tout à fait convenables, de manière bien moins esthétique et dieu sait (lol) que je trouve ça profondément inutile et gratuit bien souvent, au théâtre comme au cinéma. Mais comme toujours et totalement consciemment, c’est de la provoc made in Lars von Trier, qui permet la promo du film sans qu’il s’y colle!

Côté mutilation/auto-mutilation,  c’est argh… mais j’ai souvenir de  La colline a des yeux où l’horreur n’avait ni raison, ni beauté, ni esthétique…

Il paraît que c’est misogyne… ????? Poutant, la mutilation est partagée…

Bien que, j’en conviens, il a une étrange manie de torturer les femmes dans l’ensemble de ses films, Lars ! M. Freud, au secours !

 

Film d’épouvante. J’ai hurlé une fois, de surprise, été scotchée par une vision naturaliste touchante et terrible dans la seconde qui a suivie, j’ai mordu un peu mon poing en imaginant la douleur possible, mis la mains sur la bouche au cas où quelquefois…

Pour une fois pas de larmes, mais entre l’horreur et le mélo il faut choisir, et le mélo de Lars m’agaçait sérieusement !

 

L’histoire. Pareil que pour Almodovar, intérêt moyen quand on la raconte ainsi platement, c’est la surprise de chaque scène, la « mise en scène » proprement dite et ce qu’y met de soi le réalisateur qui importe.

Donc ; les parents font l’amour dans la salle de bain, la machine à laver tourne et lave plus blanc que blanc (humour noir ou symbole lourdingue ?), bébé sort de son lit à barreaux, ouvre la barrière de protection ( sale môme !), attiré par la neige, grimpe sur la fenêtre, fait tomber les 3 mendiants (Peine, Deuil, Désespoir, les trois chapitres du film…) du bureau, saute sur un lit de coton… blanc!

La mère s’effondre, morte de chagrin, dépressive,  en psychiatrie.

Son mari, psychothérapeute, totalement rationnel - à la fois traumatisé et totalement passionné par sa psychothérapie, le Lars (mais plutôt côté Jacques Salomé que Freud!)! – la sort de là un peu contre son gré et travaille avec/envers elle avec passion,  tentative de distance et une certaine pointe de sadisme (pas physique du tout, ça c’est le privilège de Charlotte !) sur les différentes phases du deuil (partie très documentée ou très personnelle), sur ses émotions… cherchant à la confronter (oups, pas freudien mais comportementaliste le mari !) à ses angoisses, sa culpabilité, ses remords, ses pulsions, ses peurs enfouies et leur origine...

S’en suit une confrontation en huis clos très nordique où se mêlent douleur, amour, haine et domination. Mais loin de simplement nous faire ressentir le mal être et de donner quelques pistes de réflexions, Lars nous offre une autoroute parsemée d’un  maelström de métaphysique et de symbolisme  à deux balles assez loin de l’austérité bergmanienne !

Son côté prof et Père la morale qui ressort, en particulier dans l’inutile flash-back final!



 

Pourtant, il nous offre aussi de magnifiques scènes d’angoisse, de nature luxuriante, exubérance belle et inquiétante à la fois, autour de ce sommet d’épouvante qu’est Eden (Paradis/Enfer), le chalet perdu dans la forêt où le couple est censé se retrouver et surmonter la mort de l'enfant…

Quand tout semble enfin aller mieux, le film bascule (dérape ?), Lars libère ses pulsions, Charlotte sombre dans la folie ou la possession comme vous voudrez, mais prend enfin violemment le dessus, soutenue par la nature toute puissante de ce coin perdu (telle Eve, le serpent et la pomme!), alors que Willem tombe direct en enfer, réel ou virtuel, torture satanique ou mise en scène de ses propres peurs qui finissent par le dominer ?

Finalement, dans ce coin d’Eden, on se demande d’Adam et d’Eve, qui sera la victime, le martyr !!! (on  peut sans aucun problème prendre le film avec beaucoup d’ironie, en laissant la dépression et l’obsession religieuse très médiatiques de Lars dans les pages des journaux) !

Là, le film se fait cruel, l’horreur physique commence, mais par rapport aux traumas métaphysiques précédents qui se veulent civilisés, c’est presque, voire vraiment drôle (au 3e degré quand même!).

Quelques inquiétudes tout de même quant à l’univers fantasmatique de Lars…

 

Malgré cela, je retiens surtout l’incroyable envie de cinéma que ses films donnent, rien à voir avec le film mièvre, linéaire et doucereux qui passera à 20h30 sur TF1, mais quelque chose de réellement artistique, qu’on peut apprécier ou détester, mais pour lequel, le travail, la recherche, l’implication, l’esthétique et pour une fois l’épure ne sont pas discutables.

Enfin, par rapport à tous les films de Haneke que j’ai pu voir, celui-ci n’a rien de réellement malsain, ça reste foncièrement du cinéma, avec un grand c (non, pas comme cul !), on en ressort des images plein les yeux et pas du tout avec cette nausée profonde et durable que laisse Haneke au fond de la gorge !

 

Le film est dédié au cinéaste russe Andreï Tarkovski, et je suppose aux thèmes qui lui sont chers comme la terre, les fantasmes, le mysticisme et la folie.

 

 



Je vous embrasse fort, vous me manquez!
Aloa
Par Aloa - Communauté : La communauté Cali
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Commentaires

Youhou, steph se remet à l'écriture, et quelle écriture!!!
Quel plaisir de te lire et d'en apprendre un peu plus sur ces films.
Je me suis réconciliée avec le ciné ces derniers temps, mais je n'ai pas encore eu l'occas' d'aller voir ces films. Je vais essayer de caler ça entre 2 concerts!
Merci pour ces belles analyses et pour ton réeménagement (je sais pas si c'est bien français)
Des bisous
Jess
Commentaire n°1 posté par g6k le 10/06/2009 à 08h37
ma douce Aloa ,

je passe par ici pour te laisser un mot et je vois que tu y as laissé un bien joli billet ....comme tu sais nous les concocter avec toute ta sensibilité .
je suis d'accord avec toi sur le debut du billet et sur cette déception à avoir perdu une partie de nous , avec notre immeuble calinesquementattachant et qui nous a été pris sans m^me que nous puissions déménager les meubles !
du coup peu d'envie de venir ici ...
mais en te lisant l'espoir revient et tous ces beaux moments partagés m'arrivent en pleine figure et je ne peut qu'être heureuse en y repensant !
alors je suis contente de te lire ici ...et j'espère te relire bientôt.
merci pour le coup de fil hier ...ça devait être chouette à Vernet !
ah la vie , la vie ...faut la croquer à pleine dents et vous avez bien raison de vous faire plaisir car Bruno cali a raison de dire : qu'on ne sait pas de quoi sera fait demain alors profitons de l'instant présent.

pour en revenir au cinéma et à ton billet ...ta description est magnifique mais cela me fait peur par certains côtés...je sais pas s'y j'irai voir , âme sensible que je suis !

passe un bon week end et surtout reviens vite .
Commentaire n°2 posté par etoile le 13/06/2009 à 09h31

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